|
|
LES
CEPAGES
|
La vigne à vin appartient à
la famille botanique des Vitacées,
encore appelées Ampélidacées.
Cette famille comprend dix genres,
dont Ampelopsis, Cissus, Parthenocissus,
et surtout Vitis. Quoique d'autres
genres, tel l'Ampelocissus, soient capables
de produire des raisins, seul Vitis
importe pour le vin.
Vitis comprend deux sous-genres du
Vitis : Muscadinia, et Euvitis.
Le sous-genre Muscadinia a trois espèces,
toutes trois originaires d'Amérique
du nord : Vitis munsoniana, Vitis popeniae,
et Vitis rotundifolia.
Le sous-genre Euvitis comprend 36 espèces
selon la classification européenne
Branas, ou 37 selon la classification
américaine Bailey. Mais peu importe
exactement, car seules quelques espèces
s'avèrent capables de produire
un jus buvable, et une seule -Vitis
vinifera- donne tous les meilleurs vins
du monde. Cependant, il est juste de
signaler que :
- Vitis labrusca est cultivé
pour la vigne à vin en Amérique
du nord, notamment sur la côte
orientale des Etats-Unis et au Canada;
mais le vin qui en résulte
a une odeur et une saveur particulières,
le foxé, qui évoque
la framboise au premier contact, suivi
d'un arrière-goût très
âcre, assez désagréable;
on dit parfois noahté,
du nom du cépage noah autrefois
répandu en Europe;
- quelques espèces asiatiques
cultivées en Chine, en Corée,
et au Japon, sont capables de produire
un vin buvable lorsque l'on ne dispose
de rien de mieux; par exemple, lorsque
le bon vin manqua au plus fort de
la crise phylloxérique, le
Japon exporta du vin issu de Vitis
coignetiae.
- Vitis riparia, Vitis rupestris,
et Vitis berlandieri, toutes trois
d'origine américaine, sont
très importantes pour la viticulture
car elles s'avèrent les plus
résistantes au phylloxéra,
et pour cette raison servent de porte-greffe
au Vitis vinifera.
De même, des hybrides issus du
Vitis candicans -originaire des marais
du Mississippi- sont parfois choisis
comme porte-greffe en raison de leur
résistance dans les sols à
teneur saline excessive.
Pour en revenir au Vitis vinifera qui
nous intéresse le plus, il semble
originaire de Transcaucasie mais c'est
dans les régions chaudes du bassin
méditerranéen qu'il s'est
plu particulièrement et qu'il s'est
développé, domestiqué
par les premières civilisations.
Cette espèce comprend de très
nombreuses variétés (cépages)
qui ont une tendance naturelle à
se reproduire et à se croiser par
pollinisation. Depuis le début
de la civilisation, l'effort numéro
un des viticulteurs consiste à
maîtriser ou à favoriser
les croisements, en cherchant à
obtenir des cépages présentant
un certain nombre de propriétés
considérées comme souhaitables
(voir "Critères
de choix" ci-après). De nos
jours, la recherche de nouvelles variétés,
tâche complexe, est effectuée
par des laboratoires spécialisés,
et la reproduction des variétés
sélectionnées est prise
en charge par des pépiniéristes.
L'ampélographie, qui identifie
les cépages par les sarments
et la feuille, distingue quelques 5.000
cépages de manière certaine,
et admet la difficulté d'identifier
et de classer une infinité de
sous-variétés obtenues
au hasard d'évolutions locales
ou au gré de sélections
de plus en plus fines dans les laboratoires.
Aux croisements naturels ou provoqués
entre variétés de l'espèce
Vitis vinifera, s'est ajoutée
la création d'hybrides, soit
entre variétés de Vitis
vinifera et Vitis labrusca, soit même
entre hybrides et Vitis vinifera.
Pour l'essentiel, la création
d'hybrides a été justifiée
par la difficulté d'acclimater
le bon Vitis vinifera européen
en Amérique, et secondairement
partout où l'on désire
-à tort ou à raison- cultiver
la vigne sous des climats froids comme
en Allemagne ou en Grande-Bretagne,
ou humides comme au Brésil par
exemple.
Environ 500 Cépages
sont décrits ici, plus ou moins
brièvement selon leur intérêt
oenologique.
Cependant, une quinzaine de cépages
seulement sont capables de produire
d'excellents vins un peu partout dans
le monde :
|
- cabernet franc
- cabernet sauvignon
- chardonnay
- gamay
- gewurztraminer
- grenache noir
- malbec
- merlot
- muscat
- pinot gris
- pinot noir
- riesling
- sauvignon
- sémillon
- syrah
|
|
A côté de ces cépages
exceptionnels, quelques dizaines d'autres,
excellents sur leur terroir d'élection,
ne s'acclimatent pas facilement ailleurs.
Parmi les meilleurs d'entre eux :
-
chenin
-
furmint
-
mourvèdre
-
nebbiolo
-
palomino fino
-
sangiovese
-
tempranillo
-
zinfandel
-
etc.
Au total, un nombre suffisamment respectable
pour que se soit posé, et que se
pose encore dans bon nombre de sites viticoles,
le problème du choix du ou des
cépages les plus appropriés.
Quels sont les critères de ce choix
? C'est ce que nous allons tenter d'élucider.
|
|
Loin des considérations un peu
académiques gouvernant le classement
des cépages d'après leur
description graphique ou leur origine,
le viticulteur et le vigneron apprécient
les cépages en fonction de critères
d'intérêt très pratique
pour leur vie quotidienne. Pour eux,
les caractéristiques principales
d'un cépage sont le climat et
les terrains qui lui conviennent, la
quantité et la qualité
du moût qu'il produit. Par exemple,
pour les cépages de Rioja :
|
Cépage
|
Terrains
préférés
|
Maturation
|
Moût
|
| Tempranillo |
argileux,
argilo-calcaires |
fin
septembre |
équilibré,
arôme agréable |
| Grenache
blanc |
alluviaux,
argilo-ferreux |
fin
octobre |
alcoolisé
et acide |
| Grenache
noir |
pierreux,
argilo-ferreux, lieux aérés |
fin
septembre |
alcoolique |
Malvasia
(cépage très
productif) |
alluviaux |
début
octobre |
couleur
jaune,
arôme particulier |
| Viura |
lourds,
argilo-calcaires, alluviaux |
début
octobre |
équilibré
en acide et sucre, couleur pâle,
fruité |
| Graciano |
argilo-calcaires
relativement frais |
mi-octobre |
couleur
rubis intense,
arôme agréable |
| Mazuelo |
profonds
et frais, argilo-ferreux et alluviaux |
fin
octobre |
dur,
coloré, neutre d'arôme
et de goût |
|
|
Plus généralement, il
existe deux grandes classifications
pratiques des cépages :
- Selon la destination
Le type de vin que l'on veut produire
oriente le choix de certains cépages
plus propres que d'autres à
fournir ce type de vin. Ainsi :
- le chasselas donne un excellent
raisin de table mais un vin assez
ordinaire;
- de même l'ugni blanc, sans
doute le cépage le plus cultivé
dans le monde, fournit un vin ordinaire
et de ce fait est souvent distillé;
- le muscat est particulièrement
apte à produire des vins
doux dits naturels, encore qu'ils
soient obtenus en interrompant précocement
la fermentation par ajout d'alcool;
- certains cépages très
sucrés, tels le sémillon,
se prêtent à l'élaboration
de vins liquoreux, alors que d'autres
également très sucrés
vaudront mieux vinifiés en
vins secs fortement alcoolisés;
- tandis que la plupart des cépages
engendrent des vins à boire
jeunes, quelques-uns permettent
d'élaborer des vins se conservant
longuement;
- quelques cépages se prêtent
volontiers à l'élaboration
de vins mousseux;
- une poignée de cépages
donnent des vins spéciaux
tels que le Jerez ou le Vin
Jaune, qui évoluent à
l'abri de la "fleur" créée
par les levures au cours de la fermentation;
- bien évidemment, des raisins
blancs ne peuvent engendrer que
des vins blancs, alors que les raisins
noirs laissent toute liberté
sur la couleur finale du vin;
- la plupart des cépages
de moindre qualité, et quelques
cépages parmi les meilleurs,
donnent des résultats plus
satisfaisants dans des assemblages
plus ou moins complexes; seuls quelques
cépages de haute qualité
encouragent la production de vins
d'un seul cépage;
- etc.
- Selon la date de maturité
La classification Pulliat, du nom
du Français qui l'établit
à la fin du 19e siècle,
range les cépages en 5 catégories
d'après leur date de maturation
(c'est-à-dire lorsque la teneur
en sucre du raisin a atteint son maximum
et n'augmente plus), en prenant le
chasselas doré comme référence
:
- cépages précoces,
arrivant à maturation 10
jours avant le chasselas doré;
- cépages de première
époque, parvenant à
maturation à peu près
en même temps que le chasselas;
- cépages de deuxième
époque, dont la maturation
s'achève 12 jours plus tard;
- cépages de troisième
époque : 24 jours après
le chasselas doré;
- et cépages tardifs,
dont la maturation est postérieure
de 36 jours à celle du chasselas.
La classification Pulliat a été
améliorée par les Américains
Winkler et Amerine, qui ont déterminé
la quantité totale de chaleur
que chaque cépage exige pour
parvenir à maturation, et nous
verrons au sujet de la Californie l'application
pratique très importante qu'en
fait l'Université Davis.
Sous les climats froids, on choisit
des cépages précoces,
capables de mûrir avant les
froids automnaux. Les climats chauds
permettent l'emploi de cépages
plus tardifs, qui sont aussi plus
productifs. Les climats très
chauds sont cependant inaptes à
produire du bon raisin, car la vigne
hérite alors trop du soleil,
et pas assez du sol.
Dans tous les cas, la maturation ne
doit pas être trop rapide, car
les meilleurs vins viennent de cépages
dont la maturité est atteinte
de justesse, avec tous les risques
que cela comporte.
Ainsi donc, le cépage n'est pas
tout, et l'INAO (Institut National des
Appellations d'Origine) soutient à
juste titre que chaque AOC doit sa spécificité
à un ensemble de facteurs parmi
lesquels le terroir joue un rôle
primordial. |
[ Haut de la page
| Page précédente
| Page suivante
]
|
|
|
|