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Le terroir est l'ensemble des conditions
naturelles -climatiques, pédologiques,
géologiques- qui constituent
l'environnement de fait d'un vignoble.
Il s'agit de données de la nature,
sur lesquelles l'homme ne peut exercer
qu'une influence limitée :
- nature du sol et du sous-sol,
- exposition et ensoleillement,
- sécheresse ou pluviométrie,
sont les données naturelles dont
l'importance se conçoit le plus
aisément, mais d'autres facteurs
sont tout autant importants :
- drainage du sous-sol,
- micro-climat : les événements
climatiques intervenant au cours
du cycle végétatif,
la proximité d'une masse
d'eau températrice du climat,
etc.
Certains terroirs sont plus favorables
que d'autres en général,
et certains sont plus adéquats
vis-à-vis de certains cépages
en particulier. Il n'en reste pas moins
que l'homme peut jouer son rôle
de deux façons à l'égard
du terroir :
- il peut essayer d'en améliorer
certains aspects, mais cet exercice
est toujours très coûteux;
des exemples en sont l'aménagement
de terrasses sur les pentes les
plus raides, ou encore divers travaux
destinés à assurer
à la plante une alimentation
régulière en eau,
ou au contraire à évacuer
l'eau excédentaire;
- mais dans la pratique l'homme
peut surtout s'adapter au terroir
: choisir les porte-greffes et les
cépages appropriés
au terroir, conduire la vigne en
fonction du terroir, lutter contre
le gel, etc.
En ce qui concerne le choix du terroir
lui-même, la CEE pâtit actuellement
d'une situation défavorable :
compte-tenu de la production mondiale
excédentaire, afin de ne pas
aggraver la crise, aucune plantation
nouvelle n'est autorisée; plus
exactement, toute plantation est soumise
à une condition : il faut avoir
arraché dans les 8 ans qui précèdent,
et le droit de planter ne s'applique
alors que dans la même unité
d'exploitation.
C'est en tous cas la théorie
: dans la pratique, des dérogations
peuvent être obtenues (avec l'autorisation
des Impôts, le critère
essentiel étant l'amélioration
de la qualité du vin), mais il
n'en reste pas moins que la liberté
de planter est sévèrement
restreinte.
Dans certains sites tels que les coteaux
abrupts du Douro, de Banyuls, du Valais
suisse, de la Moselle et du Rhin (pour
n'en citer que quelques-uns), il faut
commencer par aménager des terrasses,
voire amener de la terre. Lorsqu'il
s'agit de remplacer une vigne épuisée,
il faut arracher les vieux ceps et leurs
racines profondément enterrées.
Dans les deux cas, il faut défoncer
le sol, et éventuellement procéder
à une désinfection anti-nématodes.
Celle-ci peut être faite au
dichloropropène, au moins 6
mois avant plantation; ou à
l'aldicarbe, produit récent
permettant de réduire ce délai.
Pour chaque cep à planter,
on aménage un trou d'environ
25 cm de côté, et on
apporte une fumure de fond pour faciliter
le démarrage du cep. Presque
toujours organique, la fumure permettra
la libération progressive de
l'azote (pas de nitrate).
Le porte-greffe est choisi pour sa résistance
au phylloxéra, ainsi qu'aux maladies
et aux nématodes, et pour son
adéquation au sol sur lequel
il doit être planté. Selon
les cas, le porte-greffe devra être
résistant à la sécheresse
ou au contraire à l'humidité,
ou encore à une teneur saline
excessive, etc.
En outre, il faut assurer l'affinité
entre le porte-greffe et le greffon.
La production de greffons est un
métier de pépiniériste;
les plus grands pépiniéristes
sont en Haute-Saône, et un catalogue
comporte couramment 30 à 40
greffes.
Lorsque les ceps ont été
plantés, les travaux suivent
le cycle végétatif de
la vigne. Cependant, les très
jeunes vignes donnent un vin trop
léger, aussi la législation
européenne impose-t-elle aux
VQPRD (Vins de Qualité produits
dans une région délimitée)
d'être élaborés
à partir de vignes âgées
d'au moins quatre ans. La plupart
des AOC françaises s'astreignent
à respecter un âge minimal
plus élevé, en fonction
du cépage.
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- Les pleurs
Au début du printemps, la sève
commence à apparaître
à l'extrémité
des branches. Ce sont les pleurs :
selon le terroir et le mode de conduite
de la vigne, chaque cep va alors perdre
entre un demi-litre et cinq litres
de sève.
- Le débourrement
Vingt à trente jours après
les pleurs, selon le climat et la
nature du sol, et aussi selon le cépage,
on assiste à l'éclosion
des bourgeons : c'est le débourrement,
plus précoce pour le chardonnay,
tardif pour le merlot, alors que celui
du pinot noir se produit à
une date intermédiaire.
- L'inflorescence
A la suite du débourrement,
les rameaux et le feuillage se développent,
puis apparaissent de petites grappes
avec des boutons minuscules qui vont
grossir et s'épanouir en fleurs.
- La floraison
Les fleurs apparaissent environ 8
semaines après le débourrement
et durent dix à vingt jours
pendant lesquels la vigne est très
vulnérable aux intempéries,
surtout au gel; pour cette raison,
des cépages tardifs sont parfois
préférés dans
les vignobles régulièrement
victimes de gels printaniers.
- La nouaison
Chaque fleur fécondée
devient un grain de raisin; la proportion
des fleurs fécondées
dépend beaucoup du cépage.
- La croissance
Pendant environ 6 semaines, chaque
grain de raisin croît en volume
sans changement important de sa composition
chimique, si ce n'est une légère
augmentation de son acidité.
- Véraison et maturation
En général en août,
la peau du raisin change de couleur
: de verte, elle devient -selon le
cépage- blanc verdâtre
ou dorée, ou encore rouge violacé.
C'est le début de la maturation
proprement dite, au cours de laquelle
le grain va continuer à grossir,
mais désormais en subissant
de profondes transformations qui vont
aller en s'accélérant
jusqu'à la maturité
complète : le taux d'acide
tartrique augmente aux dépens
de l'acide malique, puis diminue à
son tour, alors que le taux de sucre
continue à augmenter jusqu'à
atteindre un maximum. La maturité
du raisin correspond à ce maximum
en sucre, et c'est le moment normal
pour la vendange. La maturation dure
environ sept semaines.
- Passerillage et pourriture
Si on décide de retarder la
vendange, on assiste alors à
la dessication du raisin et, par voie
de conséquence, à l'augmentation
du taux de sucre. En effet, lorsque
le raisin est parvenu à maturité,
les échanges cessent entre
lui et la plante. La peau du raisin
devient perméable, et l'eau
contenue dans le raisin commence à
s'évaporer. C'est le passerillage
sur pied, une des formes que peut
prendre la surmaturation.
Dans certains cas, tels que le Vin
de paille du Jura, le raisin est récolté
dès sa maturité, mais
il n'est pas vinifié immédiatement
: on laisse le raisin sécher
sur un lit de paille, dans un endroit
sec et aéré. Le résultat
est voisin du passerillage sur pied
: perte en eau, d'où élévation
de la teneur relative en sucre, sans
les risques inhérents à
la vendange tardive, mais également
sans possibilité d'obtenir
la pourriture noble.
Dans le cas du passerillage sur pied,
par temps humide, un champignon -le
botrytis cinerea- peut alors se développer
et altérer le fruit : c'est
la pourriture grise. Mais dans des
conditions climatiques idéales
-humidité pas trop prolongée,
suivie d'une bonne chaleur- qui ne
sont réunies que certaines
années dans quelques rares
vignobles, le même champignon
peut provoquer l'apparition d'une
moisissure cendrée, appelée
pourriture noble, qui accélère
la déshydratation du fruit
sans altérer ses qualités
gustatives.
Le cycle annuel des travaux, parallèle
au cycle végétatif, consiste
en une vingtaine d'interventions, comportant
des traitements de lutte contre les
maladies, et d'autres visant à
l'amélioration de la qualité.
Parmi ces derniers, les tailles sont
particulièrement décisives
: trop sévères, elles
empêchent le développement
harmonieux de la vigne; insuffisantes,
elles permettent à la vigne
de produire en abondance du raisin
insuffisamment mûri. Les viticulteurs
assez courageux pour tailler juste
et au bon moment, au risque d'une
maigre récolte en cas de conditions
climatiques défavorables, se
voient justement récompensés
-lorsque tout se passe à peu
près normalement- par un jus
de qualité supérieure.
La vigne peut exister à l'état
sauvage, mais elle ne donne du vin
(enfin, du bon vin) que si sa croissance
est maîtrisée. Sans taille,
la vigne développe surtout
sa végétation, et les
raisins restent petits, "trop verts
et bons pour les goujats".
C'est la taille qui permet d'obtenir
des raisins bien mûrs, et on
peut dire -en simplifiant à
peine- que la viticulture commence
par la taille. Mais le type de taille
est indissociable de la densité
de plantation et d'un palissage éventuel
: ces trois éléments
combinés constituent la conduite
de la vigne.
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Lorsque l'on visite plusieurs vignobles,
on est toujours surpris par la diversité
de leur aspect : taille haute ou basse,
densité de plantation, techniques
de palissage, et surtout les multiples
formes que les ceps taillés peuvent
prendre, contribuent à cette
diversité.
La conduite de la vigne doit en effet
être adaptée au cépage
et à certains éléments
du terroir. Ainsi, une taille basse,
en gobelet, s'impose généralement
dans les régions soumises à
la sécheresse ou à des
vents violents. Sur des sols humides
pâtissant d'un climat froid,
une taille haute, au contraire, permettra
de réduire le risque de pourriture.
La taille haute s'avère également
préférable dans les
vignobles sujets à des gelées
printanières.
La mécanisation du travail
de la vigne, requérant le passage
d'engins, n'a été rendue
possible que par l'espacement des
règes (rangs de vigne). Cet
espacement se traduit par une diminution
de la densité de plantation,
donc par une moindre production. Pour
compenser cette diminution, les viticulteurs
ont adopté une taille plus
haute, exigeant davantage de chaque
cep. La conséquence en est
que chaque cep a davantage de raisins
à nourrir; sa capacité
alimentaire étant limitée,
il fournit moins de substance à
chaque raisin, et le vin qui en résulte
est plus dilué.
Exemples de modes de conduite de
la vigne :
- non palissée, taille en
gobelet, comme à Châteauneuf-du-Pape
ou à Banyuls, ou encore dans
quasiment toute l'Espagne;
certains cépages -par exemple
syrah, gamay, mourvèdre, grenache-
ne sont pas palissés;
- taille Guyot ou Guyot double,
comme par exemple à Bordeaux
et dans les vignobles septentrionaux;
- taille cordon Royat, comme en
Bourgogne et en Champagne;
- taille en lyre; la vigne est
taillée large et haute, mais
ce système donne cependant
un vin de qualité;
- taille Chablis;
- conduite en hautain, en espalier,
en pergola, etc.
Pour palisser, on ne peut pas utiliser
n'importe quel bois. Acacia et chataîgnier
conviennent, mais le dernier cri fait
appel à du profilé en
acier austénique (chrome et nickel).
Plusieurs opérations de taille
sont effectuées au cours du
cycle annuel.
La taille de formation (ou taille
d'hiver) consiste à réduire
le nombre d'yeux, pour ne garder que
ceux souhaités pour la pousse
l'année suivante, et donner
au pied de vigne sa forme générale,
principalement selon que l'on palisse
ou non.
Dans le cas de la taille Guyot, les
sarments sont coupés chaque
année à la fin de l'automne,
ce qui les oblige à se reconstituer
entièrement.
Diverses tailles pratiquées
à différents moments
en cours de végétation
permettent de maintenir la forme générale
du cep et de contrôler la quantité
de raisin :
- Quand la vigne a débourré
- ébourgeonnage, épamprage
(sélection de certains
rameaux, suppression des pousses
issues des gourmands du tronc),
- désagattage (élimination
des pousses sur le porte-greffe).
- En pleine floraison : le rognage
consiste à raccourcir le
bout des rameaux.
- Au cours de la maturation : effeuillage
pour améliorer l'exposition
des grappes au soleil, et éclaircissage
(suppression de grappes en excès).
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Autrefois, plusieurs travaux pénibles
devaient être accomplis chaque
année : butage, débutage,
décavaillonnage. De nos jours,
le viticulteur s'épargne bien
du travail en pratiquant le désherbage
chimique.
Le désherbage préventif,
dit "de pré-levée",
est fait à l'aide de produits
à base d'aminotriazole et thi-ocyanate
d'ammonium. Selon la nature
des herbes à éradiquer,
ces produits, et d'autres à
base de glyphosate, de glufosinate,
ou de parquat et diquat, permettent
un traitement curatif.
La plupart des sols nécessitent
divers amendements. Exemples parmi
d'autres :
- apport d'engrais les deux premières
années après plantation;
- apport d'oligo-éléments;
- lutte contre la chlorose : celle-ci,
dûe à un excès
de calcium dans le sol -ce qui empêche
la plante d'assimiler le fer-, se
corrige par apport de fer sous la
forme de sulfate de fer ou sequestrene;
- etc.
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Les ennemis de la vigne, parfois de
véritables fléaux, sont
nombreux et de diverses natures :
- animale,
- climatique,
- physiologique,
- et biologique.
Parmi les animaux, on rencontre
divers prédateurs selon les régions
du monde. Par exemple les étourneaux
-qui vivent en bandes de milliers d'individus-
sont un fléau majeur capable
de ruiner un hectare de vigne en quelques
heures. Aucune méthode (même
les explosifs !) ne paraît capable
de les intimider, et lorsqu'ils ont
jeté leur capricieux dévolu
sur votre parcelle, il ne vous reste
plus qu'à attendre qu'ils soient
repus, ou qu'une parcelle voisine leur
semble plus appétissante.
Moins spectaculaires, plus sournois
et dangereux, de nombreux parasites
aux manifestations diverses :
- Les acariens, minuscules
araignées jaunes ou rouges,
se délectent des jeunes feuilles
et du fruit. Au printemps,
les acariens rouges provoquent des
nécroses à la périphérie
des feuilles, entraînant un
jaunissement, une crispation, voire
la chute des feuilles. Les
acariens jaunes attaquent les grappes
en formation. Les uns et les
autres peuvent être à
l'origine d'une faiblesse de la
teneur en sucre des baies.
Ils succombent aux pulvérisations
de solutions cuivrées.
- L'altise est un insecte
qui se nourrit des feuilles jusqu'à
les transformer en dentelles dont
les viticulteurs n'apprécie
guère l'esthétique
discutable.
- L'anguillule est un nématode,
ver qui s'attaque aux racines en
y formant des noeuds semblables
à ceux du phylloxéra;
une fois encore, le viticulteur
n'apprécie pas ce travail
de sape mortel pour la vigne; il
le combat préventivement
par le choix d'un porte-greffe résistant,
ou curativement par désinfection
au dichloropropane dichloropropylène
(D.D.).
- L'érinose est une
mite microscopique responsable de
cloques sur les feuilles; on la
combat par les mêmes moyens
que l'oïdium.
- Les larves "tordeuses de la
grappe", dûes à
des papillons (cochylis, eudemis,
polychronis viteana) capables de
plusieurs générations
(deux pour le cochylis, trois pour
l'eudémis) pendant le cycle
de la vigne, se nourrissent des
grappes et les rendent vulnérables
à d'autres maladies.
Les larves de première génération
attaquent les boutons floraux;
au fur et à mesure de leur
croissance, elles embobinent et
réunissent les boutons floraux
par des fils de soie (les glomérules).
Les larves des générations
ultérieures pénètrent
dans les baies, les rendant sensibles
à la pourriture grise ou
acide. La lutte raisonnée
met en oeuvre des pièges
sexuels spécifiques à
chaque papillon, afin de détecter
le début du vol; puis
on détermine par comptage
le taux d'infestation des larves,
ce qui permet de décider
la nature du traitement :
RCI (régulateur de croissance
des insectes), ovicide, ou larvicide
curatif (arsenic et DDT).
- La cicadelle verte, qui
s'attaque à la feuille, et
la pyrale, qui s'attaque
aussi au fruit, sont combattues
par les mêmes moyens que les
larves tordeuses de la grappe.
- Et d'autres en divers points
du globe, mais surtout le phylloxéra...
Phylloxéra : ce puceron
originaire de l'est des Etats-Unis pond
ses oeufs dans le bois de deuxième
année : ce sont les gallicoles.
La deuxième génération,
radicicole, se fixe sur les racines,
qu'elle attaque et détruit. Le
pied de vigne, privé de ses instruments
nourriciers, dépérit rapidement.
On a essayé à peu près
tout, y compris de noyer la vigne; le
phylloxéra résiste à
tout, même aux produits systémiques
(lesquels se propagent par la sève
dans tout le végétal).
Seule solution : protéger les
racines pour empêcher la deuxième
génération; et pour cela,
utiliser les Vitis américains
en porte-greffe.
Les accidents climatiques
incluent parfois le vent excessif
et la foudre, mais le plus souvent
il s'agit de :
- la sécheresse excessive
: certes, pour obtenir du bon vin,
il faut que la vigne soit obligée
de chercher l'eau, si possible à
plusieurs mètres de profondeur;
mais elle ne doit pas manquer totalement
d'eau. La survie de divers vignobles,
tant dans la Central Valley californienne
qu'en Amérique du sud, certaines
zones d'Australie et d'Afrique du
sud, dépend de leur irrigation.
A ce propos, il convient de remarquer
qu'aucun vignoble irrigué
ne produit d'excellent vin; bien
au contraire, les vignobles irrigués
sont les fournisseurs de gros bataillons
de vins très ordinaires;
- la grêle, capable en quelques
minutes de hacher menu les fruits
et d'anéantir le travail
de toute une année (demandez
aux viticulteurs du Sauternais);
- et les gelées, plus ou
moins graves selon leur intensité
et le moment où elles se
produisent au cours du cycle végétatif,
mais capables dans le pire des cas
de détruire complètement
un vignoble, qu'il faut alors reconstituer
de toutes pièces, comme à
Cahors en 1956.
Les vignes de plaines et des bas de
pentes sont frappées plus fréquemment
que celles des coteaux, et certains
cépages vinifères sont
plus résistants que d'autres.
Mais tout le monde ne peut pas occuper
des sites épargnés par
le gel, et la résistance au
gel ne saurait être le seul
critère déterminant
le choix des cépages. Dans
la pratique, la lutte engagée
contre les gelées printanières,
à l'époque où
la vigne est plus vulnérable,
prend deux formes : l'aspersion d'eau,
ou les chaufferettes.
Accidents physiologiques :
- La chlorose, qui se manifeste
par un jaunissement des feuilles,
est dûe à une carence
en chlorophylle, elle-même
souvent dûe à un excès
de calcium qui bloque l'assimilation
du fer; des porte-greffes de Vitis
berlandieri, résistants à
la chlorose, offrent une solution
préventive à ce problème;
le traitement curatif consiste en
un apport de sulfate de fer. Mais
heureusement, Vitis vinifera n'est
guère affecté par
la chlorose.
- Déficiences et carences
en éléments minéraux.
Si les déficiences en bore
(entraînant millerandage et
coulure) et en potassium (dont la
vigne est grande consommatrice)
sont les plus fréquentes,
les sols de certaines régions
peuvent manquer de manganèse
(sols calcaires), de magnésium,
de zinc, ou d'oligo-éléments.
On ne s'explique pas encore très
bien le rôle des oligo-éléments,
mais on sait sans l'ombre d'un doute
que leur présence, en quantité
infinitésimale, est indispensable
à l'obtention de vins équilibrés.
Le traitement semble relativement
simple, puisqu'il suffit en théorie
de compenser les déficiences
par des apports. Cependant, on constate
que les meilleurs résultats,
toutes choses égales par
ailleurs, sont obtenus sur des sols
ne présentant aucune déficience
grave.
- La coulure, desséchement
de la fleur non fécondée
ou du jeune raisin au premier stade
de son développement, peut
avoir diverses causes. Le mauvais
temps durable en est une, car la
fleur ne peut être fécondée
que si elle est épanouie,
ce qui suppose un minimum d'ensoleillement.
Une croissance trop rapide peut
être une autre cause, elle-même
souvent dûe à l'inadéquation
entre la greffe et le porte-greffe.
- Ne pas confondre la coulure et
le millerandage. Ce dernier
désigne la disparité
de volume entre les raisins d'une
même grappe, elle-même
dûe à une floraison
et à une fécondation
incomplètes. Le millerandage
est plus gênant que grave,
en ce sens qu'il affecte la qualité
du vin, mais ne met pas en danger
la vie de la vigne.
- Le rougeau, rougissement
des feuilles, est dû à
une blessure entravant la circulation
de la sève.
- La brunissure des feuilles traduit
l'épuisement d'un pied insuffisamment
taillé. Le remède
est simple, à condition de
ne pas être apporté
trop tard.
- Le déssèchement
de la rafle, dûe à
une carence en calcium et surtout
en magnésium éventuellement
aggravée par un excès
de potassium, atteint plus ou moins
la plupart des vignobles mais plus
particulièrement les vignes
vogoureuses et irriguées;
le traitement consiste à
apporter des sels de magnésium.
Accidents biologiques :
- La dégénérescence
infectieuse, ou court-noué,
est fatale. La feuille jaunit le
long de ses nervures, puis les rameaux
se divisent en faisceaux tandis
que la feuille se palme et prend
des formes anormales. On ne connait
aucun remède préventif
à cette maladie virale qui
se propage par le sol. Le seul traitement
consiste, dès l'apparition
des symptômes, à arracher
les pieds atteints et ceux qui les
entourent, puis laisser le sol en
friche jusqu'à pourrissement
des racines, tout en désinfectant
le sol par des fumigations de D.D.
Faute de quoi le mal s'étendrait
lentement mais inexorablement.
- D'autres maladies virales frappent
ici ou là, avec un symptôme
commun : le jaunissement des feuilles
le long de ses nervures. Mais les
traitements diffèrent selon
le vecteur du virus; lorsque le
vecteur est un insecte, le traitement
évident consiste à
éliminer celui-ci par un
insecticide suffisamment puissant,
arsenic ou pesticide.
- De même, quelques maladies
bactériennes frappent ici
ou là, telles la maladie
de Pierce en Californie, ou encore
la flavescence dorée
(vigne pleureuse). La stérilisation
des outils de taille, à titre
préventif, et curativement
des vaporisations de solutions cuivrées
sont les solutions connues.
Mais si plus de 30% des pieds sont
atteints, il convient d'arracher
la parcelle.
- La pourriture noire (black-rot),
dûe à des champignons,
se manifeste d'abord par l'apparition
de tâches grises et noires
principalement sur le feuillage,
puis le raisin se ride et fane.
Il n'existe pas de traitement spécifique,
mais on emploie des produits actifs
contre le mildiou et l'oïdium.
- La pourriture grise est
dûe à un champignon,
le botrytis cinerea. Les lésions
de la feuille, de couleur brun rougeâtre,
apparaissent à la périphérie
des limbes. Une attaque grave
peut conduire à la nécrose
complète du limbe et à
la chute de la feuille. Les
grappes peuvent être touchées
avant la floraison, et se dessécher.
A partir de la véraison,
une pourriture molle envahit la
grappe, et la couleur grise du champignon
apparaît. Le mieux,
pour échapper à la
pourriture grise, consiste à
éviter de blesser les baies
lors des travaux de la vigne, et
à pratiquer un effeuillage
et un éclaircissage suffisant.
Le seul traitement phytosanitaire
possible est évidemment préventif.
- Parmi les autres maladies traitées
par le cuivre : l'anthracnose
qui trahit sa présence par
de petites tâches polygonales;
le rot-brun, qui s'attaque
aux rameaux, sévit dans les
vignobles souffrant d'hivers froids
et secs, en particulier en Allemagne;
le rot-blanc, qui s'en prend
aux raisins et les fait éclater
au moment de leur maturation.
- Au moins trois espèces
de champignons provoquent le pourridié,
qui se développe sur les
bois, y compris les racines. Les
racines supérieures croissent
aux dépens des racines plus
profondes. Les souches atteintes
s'affaiblissent rapidement et périssent
en deux ou trois ans. Le pourridié
affectionne particulièrement
les sols sablonneux proches des
cours d'eau. L'humidité du
sol, des sols asphyxiants, la présence
de bois morts sont des facteurs
propices à l'apparition du
pourridié. Comme pour
la dégénérescence
infectieuse, on ne connait pas de
traitement préventif, et
la seule solution consiste à
arracher la vigne, puis désinfecter
le sol et le laisser en friche jusqu'à
disparition du mal.
- L'excoriose est un champignon
présent dans les sarments
ou dans les bourgeons. Il
provoque un affaiblissement de la
souche pouvant aller jusqu'à
la mort du pied. Le traitement,
exclusivement curatif, est à
base d'arsénite de sodium
l'hiver, et de divers produits au
cours du printemps.
- L'esca, autre maladie
causée par des champignons
(plusieurs espèces intervenant
successivement), se traite également
par l'arsénite de sodium.
- Mais surtout le mildiou, l'oïdium,
et -dernière en date mais
non en gravité- l'eutypiose.
Mildiou : ce champignon originaire
d'Amérique a été
découvert par Planchon en 1875.
Des attaques massives se sont produites
en Europe en 1915, 1977, 1983, 1988.
Le mildiou est dû au plasmopora,
champignon qui épargne le Vitis
labrusca mais éprouve pour le
Vitis vinifera une attirance répréhensible
d'autant plus forte que le temps est
plus chaud et humide. Il se manifeste
tout d'abord par une tâche huileuse
au recto des feuilles; quelques
jours plus tard, des fructifications
apparaissent. Avant la floraison,
il y a destruction partielle ou totale
des inflorescences. Entre la préfloraison
et la nouaison, un feutrage blanchâtre
couvre les baies (rot gris). Après
la fermeture de la grappe, des tâches
brunâtres se forment sur les baies
(rot brun). Tôt en saison,
les rameaux peuvent subir des dégâts
allant jusqu'à des crevasses.
Le mildiou perdure dans les feuilles
mortes.
Idéalement, on évite le
mildiou grâce à un bon
drainage du sol, à des techniques
viticoles adéquates (épamprage
précoce, ébourgeonnage,
limitation de la vigueur excessive des
souches), et au traitement immédiat
des foyers primaires. Le traitement
préventif du mildiou est longtemps
passé par les incontournables
sels de cuivre : cela peut aller de
la bouillie bordelaise à des
produits de synthèse non nocifs,
à base de dithiocarbamate, ou
encore par des produits systémiques,
effectifs 12 à 14 jours.
Après la pluie (48 heures maximum),
on procède à un traitement
curatif par un produit à base
de cymoxanil, qui pénètre
les feuilles. Produit récent
prometteur : une toxine de synthèse
produite à partir d'une moisissure ennemie
du mildiou
L'oïdium, ou "blanc",
ou encore sous son nom savant, l'insinula
secator, est un autre champignon venu
d'Amérique, qui se manifeste
à des températures supérieures
à 25°C. Un seul cep
atteint suffit à communiquer
au vin de toute une parcelle mauvaise
odeur et goût désagréable
de champignon.
Symptômes : la feuille se crispe,
avec un aspect gris cendreux;
des tâches grisâtres ou
brunâtres peuvent apparaître
sur les sarments; sur les inflorescences
et la grappe, le champignon se présente
sous la forme d'une poussière
grise d'aspect cendreux; si
l'attaque s'aggrave, la peau se déssèche
et éclate.
Traitement : préventivement,
le soleil est idéal, car les
ultra-violets détruisent l'oïdium;
la bouillie bordelaise fait le reste.
Curativement, seul le soufre est efficace;
de nos jours sous la forme d'IBS (Inhibiteur
de Bio-synthèse de Stérol).
L'eutypiose : cette maladie
endémique est dûe à
un champignon qui pénètre
dans la souche par les plaies créées
par la taille.
Symptômes : feuilles nécrosées,
enroulées, déformées
et déchiquetées;
bois rabougris présentant une
nécrose brun gris à
violet de consistance dure;
les grappes coulent après la
floraison et sèchent pendant
l'été.
Traitement : aucun traitement curatif
n'a été découvert.
A titre préventif, il faut
désinfecter les sécateurs,
et tailler le plus tard possible (à
la sève montante).
Cette liste de calamités,
sans être exhaustive, suffit
néanmoins à illustrer
cette évidence toute simple
: l'obtention d'un raisin sain
et mûr n'est pas un événement
fortuit, mais le résultat d'une
attention sans faille et de soins
constants de la part du viticulteur.
Encore ne s'agit-il là que
des fléaux qui affectent la
vigne; lorsque nous saurons tout ce
qui peut arriver au moût pendant
la fermentation, puis au vin pendant
son élevage ou au cours de
sa conservation, nous devrons en convenir
: le bon vin tient du prodige !
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En ce qui concerne les traitements des
maladies, les partisans de la culture
biologique estiment qu'il vaut mieux
réduire la sensibilité
de la vigne par des moyens prophylactiques.
Un plan de lutte chimique met couramment
en oeuvre une dizaine de produits :
fongicides, insecticides, acaricides,
ovicides, larvicides. Les produits
systémiques sont véhiculés
par la sève et se retrouvent
dans le raisin, donc dans le vin. En
outre, les traitements chimiques fragilisent
la vigne d'année en année,
et la vigne demande une protection sans
cesse accrue : un cercle vicieux.
Des reproches similaires sont adressés
à l'emploi des engrais.
L'engrais retarde la maturation du
raisin; les raisins sont plus beaux
mais moins riches en sucre, réclamant
une chaptalisation accrue.
Un excès de potassium engendre
des carences en magnésium,
qui provoquent à leur tour
des répercussions sur les éléments
colorants de la pellicule.
Les engrais azotés provoquent
une croissance excessive des cellules
de la baie et diminuent le potentiel
aromatique du raisin. Ils accroissent
la masse du feuillage, amincissent
la pellicule (ce qui rend le raisin
plus vulnérable) et retardent
la maturité.
La vigne assistée ne se donne
plus la peine d'aller chercher en
profondeur la nourriture dont elle
a besoin. Elle perd de sa résistance,
d'où à nouveau un cercle
vicieux.
En ce qui concerne la non-culture,
joli terme inventé pour désigner
le désherbage chimique, ses
partisans ont trouvé de solides
arguments. Le sol désherbé
chimiquement durcit, ce qui est un
avantage pour le passage de la machine
à vendanger (il faut avouer
que l'un et l'autre procurent de substantielles
économies de main d'oeuvre).
Dans certains sites très gélifs,
comme Chablis, le durcissement de
la terre procure un autre avantage
: la terre durcie accumule mieux la
chaleur, qu'elle restitue ensuite
pendant la nuit. Le durcissement se
justifie également sur les
fortes pentes, comme à Banyuls,
pour réduire le ravinement
lors des pluies torrentielles. Enfin,
dans les vieilles vignes, la charrue
risque d'endommager les ceps.
Mais les partisans de la culture biologique
ripostent par un argument définitif
: à plus ou moins long terme,
le désherbage chimique signifie
la mort du sol.
Alors, culture chimique ou culture
biologique ?
Ni l'une ni l'autre, répondent
des viticulteurs de plus en plus nombreux.
La solution est à rechercher
dans la viticulture raisonnée.
Le 8 janvier 2002, le Conseil supérieur
d'orientation de l'économie agricole
et alimentaire (CSO) a adopté
des recommandations devant servir
de base à un prochain décret
"agriculture raisonnée". Celui-ci
proposerait aux agriculteurs d'adhérer
volontairement à une démarche de qualification
portant sur l'ensemble des conditions
environnementales de production de
leur exploitation. Il comprendrait
un référentiel de 110 mesures, dont
les 2/3 vont au-delà des exigences
réglementaires et légales actuelles.
La qualification serait délivrée pour
une période de cinq ans.
La qualité du raisin qui arrive
à la cuverie est le principal
facteur de qualité potentielle
du vin, et revêt deux aspects
:
- sa maturité,
- et son état sanitaire.
Le viticulteur, comme on l'a déjà
vu, vit en permanence dans la crainte
de nombreux fléaux, parmi lesquels
les accidents climatiques viennent en
bonne place. Parmi les divers comportements
que cette crainte suscite, on observe
la propension à vendanger précocement
-avant les pluies qui sévissent
en général au début
de l'automne- des raisins insuffisamment
mûris.
En France, afin de lutter contre cette
tendance naturelle mais préjudiciable
à la qualité du vin, un
arrêté préfectoral
fixe -par département- la date
de début des vendanges, en fonction
du cépage et/ou du type de vin.
Les critères présidant
au choix de cette date sont :
- le rapport sucre / acidité
dans le raisin,
- la quantité de sucre par
litre, ramenée en degrés
potentiels.
Bien que ce système ne soit pas
parfait, car il néglige les terroirs
précoces, le viticulteur qui
ne respecterait pas la date de début
des vendanges s'exposerait à
ce que toute sa récolte soit
exclue de l'appellation.
Si la vendange ne peut pas avoir lieu
avant la date autorisée, en revanche
rien n'interdit au vigneron de la retarder.
La pratique d'une vendange tardive ne
se justifie cependant que lorsque l'on
veut élaborer un blanc moelleux
ou liquoreux.
En effet, la vendange tardive vise uniquement
à obtenir des raisins surmûris,
dont la teneur en sucre est élevée
par suite de l'évaporation de
l'eau. A ce sujet, plusieurs remarques
s'imposent :
- Toutes les appellations pratiquant
des vendanges tardives ne se sentent
pas obligées de mentionner
le fait. En particulier, pour les
appellations qui recherchent systématiquement
la pourriture noble, telles le Sauternes
ou le Tokay Aszú,
il va de soi que la vendange doit
être tardive.
- Les appellations qui mentionnent
le caractère tardif de la
vendange sont celles qui recherchent
la pourriture noble uniquement les
années favorables, et -n'étant
guère assurées de
l'obtenir- ne la recherchent que
pour une partie de leur production.
Parmi elles, rares sont celles qui
-telles l'Alsace- en réglementent
l'usage. Sauf exceptions, la mention
Vendange Tardive ne garantit donc
pas une teneur très élevée
en sucre résiduel, et encore
moins le caractère botrytisé
des Sauternes...
- Certains vins, tels le Vin de
paille du Jura, présentent
des caractères de surmaturation
sans pour autant résulter
d'une vendange tardive.
Longtemps la polémique a fait
rage autour de cette simple question.
La machine à vendanger présente
des avantages substantiels :
- la main d'oeuvre est coûteuse;
il faut l'employer quand elle est
disponible; il faut la nourrir pendant
qu'elle est employée;
- l'emploi de la main d'oeuvre
est source de tracasseries administratives...
- la machine se plie plus souplement
aux exigences de son employeur,
et elle travaille très rapidement.
Ses détracteurs lui adressent
deux reproches :
- elle fonctionne en secouant le
cep pour faire tomber le raisin
sur un tapis roulant; ces secousses
imprimées au cep écourtent
sa durée de vie;
- elle ramasse indistinctement
les raisins pourris comme ceux qui
sont sains.
Même les partisans de la machine
reconnaissent que certains types de
vin ne permettent pas la vendange mécanique
:
- vins exigeant les rafles (exemple
: Beaujolais),
- vins exigeant la sélection
des raisins (typiquement, les vendanges
tardives),
- vins qui exigent des raisins
intacts : certains cépages
fragiles tels que le pinot, le gamay,
le grenache, supportent mal la brutalité
de la machine; à cet égard,
les raisins des cépages rouges
de Bordeaux sont beaucoup plus résistants.
En outre, diverses circonstances interdisent
l'emploi de la machine : un terrain
trop accidenté, certaines tailles
telles que la taille en lyre, etc.
La machine n'est donc pas la panacée
universelle, et nous avons déjà
vu les contraintes qu'elle engendre
pour la conduite de la vigne, avec
son corollaire d'un rendement par
pied trop important. Cependant, lorsque
les conditions de son emploi sont
réunies, la plupart des viticulteurs
qui peuvent en bénéficier
n'hésitent guère...
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